Boris Blank – créateur de sons
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Boris Blank – créateur de sons

 

App musicale «Yellofier»

La musique, autrement: en glissant des carreaux de couleurs, il est possible de combiner ses enregistrements et les sons de Boris Blank pour créer un nouvel air.Télécharger l’app sur iOS et Android.

Helmi Sigg (texte), Barbara Sigg (photos), 4 mai 2016

Le petit Boris a été fasciné par les sons dès son enfance: dans les montagnes, il criait pendant des journées entières dans les falaises pour faire retentir l’écho de sa voix rauque. «Selon la distance, l’acoustique variait de manière frappante. C’est ainsi que j’ai fait mes premières expériences avec des sons de dimension spatiale. Plus leur écho durait, plus ça me plaisait. J’étais aussi subjugué par les bruits qui retentissaient dans des halles et même par ceux que produisaient les ressorts des portes de garages. Quand on les frappait, ils créaient des oscillations et une résonance saisissantes.»
Puis, songeur, il résume: «Les bruits et les rythmes m’ont accompagné tout au cours de mon existence. C’est pourquoi j’ai commencé, comme on le fait avec un puzzle, de créer des morceaux de musique à partir de toutes ces sonorités.»

L’une des chansons les plus célèbres de Yello: The Race, parue en 1988.

Rider of the Lost Sound: Ask the Stones (Electrified CD 2)

Boris aime bien se remémorer un épisode de sa vie d’écolier. Dès que l’occasion se présentait, il frappait ou tambourinait sur n’importe quelle surface disponible. Ainsi, il commença de taper sur son pupitre pendant la leçon d’allemand, ce qui ne manqua pas de lui valoir une punition. Il dut rédiger un texte de trois pages sur le thème suivant: «Signaux acoustiques, moyen de communication des peuplades primitives» . Boris, qui n’était pas tombé sur la tête, écrivit qu’il était fort heureux d’avoir enfin pu interpeler quelqu’un qui avait compris ses signaux acoustiques.

Et jusqu’à aujourd’hui, Boris est resté fidèle à ses explorations acoustiques. Où qu’il se trouve, il pianote, il tambourine, entraîné par ses propres rythmes.

 
 

Pre – Yello: Echo Gang (Rote Fabrik)   

A la fin des années septante déjà, Blank a remplacé les basses et les sons de percussion par d’autres tonalités. Il a longtemps récusé le terme de «chercheur de sons», mais aujourd’hui, il voit les choses différemment: «C’est comme si j’utilisais un microscope pour plonger sous une surface apparemment lisse, dans une structure moléculaire, où j’effectue mes manipulations à l’instar de la recherche génétique. Je pénètre ainsi dans un univers pour le modifier et créer mes propres sons.» En ce temps-là, il collait encore ensemble des segments de bande magnétique, les faisait glisser sur la tête de lecture d’un magnétophone, lançait des boules de neige contre une paroi et transposait les enregistrements dans des tonalités singulières signées Blank.

De nombreux morceaux, en particulier ceux qui ont vu le jour avant l’ère Yello, sont enfin accessibles au grand public grâce au projet de crowdfunding «Boris Blank – Electrified». La compilation offre un aperçu du génial monde acoustique de Blank, où l’on distingue déjà clairement les tonalités qui caractériseront plus tard Yello.

Le petit Boris a été fasciné par les sons dès son enfance.
Boris Blank dans son élément, entouré de ses pupitres de mixage au studio de la Rote Fabrik à Zurich.
Aujourd’hui Boris Blank continue de créer des combinaisons de sons géniales au moyen d’instruments numériques.

Yello: You gotta say yes to another exzess

 

Yello est né à San Francisco, où a été signé le premier contrat de disque avec Ralph Records, relate Boris Blank. Pourtant, le groupe a été conçu dans un quartier périphérique de Zurich, où Carlos Peron et Blank ont rencontré celui qui deviendrait l’emblème de Yello. A cette époque-là, le nouveau comparse chantait encore avec son groupe punk «Dieter Meier and the Assholes». Dès la première session commune, Meier chanta si fort que cela provoqua la résiliation du bail de leur local de répétition. Mais le tandem Blank-Meier était bien né.

Ils déménagèrent leur studio au centre alternatif Rote Fabrik et des années plus tard au Zürichberg. Ainsi, Blank pouvait comme un ermite méditer dans son «hospice» et créer des morceaux à succès tels que Oh Yeah, The Race ou Bostich. Ces créations atemporelles continuent de graviter avec légèreté comme des satellites, dans l’univers de Yello. Et il en va de même des deux protagonistes du groupe: Meier, toujours aussi fougueux dans son rôle d’artiste et Blank, toujours en quête de nouvelles tonalités mystiques.

Meier, toujours aussi fougueux dans son rôle d’artiste et Blank, toujours en quête de nouvelles tonalités mystiques.

Still on track: Yellofier et Toy

Les chefs-d’œuvre «blankiens» font déjà vibrer les hauts-parleurs depuis plus de trente ans. Grâce aux fantastiques combinaisons de sons réalisées par Blank au moyen des outils numériques et de leur géniale technologie, complétées par la virtuosité de Meier, le groupe continue d’occuper une place de choix. La fascination de Blank pour les bruits et pour le sampling demeure intacte.

Avec l’appli musical Yellofier «Yellofier», la veine de Yello s’immisce dans notre poche. On peut modifier et recombiner en un clin d’œil les fichiers audio enregistrés avec le téléphone mobile ou la tablette. Cette astucieuse app a été développée par Håkan Lidbo, un Suédois auquel Boris a accordé une interview. Au cours du repas qui suivit l’entretien, ils se mirent à parler des applications pour mobiles. L’homme du nord connaissait des programmeurs à Stockholm. Le reste est encore une histoire à succès et l’app peut être téléchargée pour trois francs.

Et comme si cela ne suffisait pas, un nouvel album est annoncé pour cette année: Toy. L’auteur de cet article a pu en goûter un échantillon au studio de l’artiste. Ces bacchanales musicales sont célébrées avec une bonne dose d’ingrédients secrets et de tonalités mystérieuses. Au cours de la brève présentation du disque, le créateur donnait toujours encore l’impression d’être ce petit garçon qui vient de crier dans la falaise et qui s’étonne de l’écho qui lui réponde.

Portrait de l’auteur:

Helmi Sigg, 63 ans, est à la fois auteur, blogueur et humoriste. Il a été membre de la légendaire troupe comique zurichoise Trio Eden. Déguisé en marmotte Martha, il s’est produit devant plus d’un demi-million de spectateurs dans la célèbre comédie musicale «Ewigi Liebi». Il est marié et père deux enfants adultes.

 

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