Dans les traces d’Uber
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Dans les traces d’Uber

Pour en savoir plus
 

Liens vers quelques start-up suisses qui innovent en proposant de nouveaux services en ligne.Nettoyage: batmaid.chE-Commerce: qoqa.chPlacement de personnel:staff-finder.jobsAssurances: knip.chLoisirs: getyourguide.frSite internet de Clayton Christensen, professeur à Harvard, et auteur du concept de «disruption».

Claire Martin (texte), 14 décembre 2015

Lendemain de fête. Votre salon ressemble à un champ de bataille, les miettes jonchent le tapis et la vaisselle déborde de l’évier. Heureusement, il y a Batmaid, une start-up lancée en avril dernier à Lausanne par deux diplômés HEC. Une femme de ménage mandatée grâce au site doit arriver d’une minute à l’autre pour rendre son lustre à votre appartement.

Les fondateurs Eric Laudet (30 ans) et Andreas Schollin-Borg (27 ans) ont tous deux travaillés dans le négoce de matières premières avant de se tourner vers l’entrepreneuriat. Le second relate: «Pour créer Batmaid, je me suis inspiré du modèle de la firme Handy.com à New York, une compagnie qui a tout de suite trouvé son créneau.» Batmaid facture l’heure de ménage de 32 à 35 francs assurances comprises, soit à peine plus chère que pour du personnel non déclaré. Occupant une quinzaine de collaborateurs, Batmaid est déjà active sur 80% du territoire suisse, avec plus de 200 femmes de ménage et plusieurs milliers de clients.

«Pour créer Batmaid, je me suis inspiré du modèle de la firme Handy.com à New York, une compagnie qui a tout de suite trouvé son créneau.»Andreas Schollin-Borg, co-fondateur de Batmaid

«Notre algorithme constitue notre point fort. Il nous permet de mettre en contact clients et personnel aux meilleures conditions. Si Uber a révolutionné l’industrie des taxis, le nettoyage n’a pas encore franchi ce jalon. Il en va de même pour d’autres professions, par exemple avocat, dentiste ou loueurs de voiture. Nous sommes à l’affût d’opportunités car notre algorithme a la capacité de couvrir aussi ces domaines», poursuit Andreas Schollin-Borg.

Les fondateurs de Batmaid Andreas Schollin-Borg (à gauche) et Eric Laudet (à droite) avec Graziella Zanoletti (Elite-Rent-a-Car) au concours de création d’entreprises Graines de Boss.
Disruption made in USA

La start-up Batmaid suit les traces d’Uber sur le chemin de la «disruption». Ainsi, Uber a bouleversé l’industrie des taxis en permettant au client de contacter un chauffeur privé disponible directement par une application smartphone, sans passer par une centrale. Idem pour Airbnb qui permet de dénicher soi-même sur internet un logement chez un privé pour partir en week-end.

Elaboré en 1995 par Clayton Christensen, professeur à Harvard, le terme de «disruption» définit un type d’innovation qui crée un nouveau marché et rend obsolète l’offre existante. Cette innovation disruptive qui transforme nos habitudes quotidiennes est indissociable de la digitalisation de l’économie. Grâce à internet et aux des progrès des télécoms, nous avons aujourd’hui tous les produits et services disponibles dans le monde à portée de clic. Reste juste à créer le dispositif électronique adéquat pour relier client et prestataire de service.

Le terme de «disruption» définit un type d’innovation qui crée un nouveau marché et rend obsolète l’offre existante.

De nombreuses compagnies helvétiques s’illustrent dans ce rôle d’intermédiaire digital. Success story romande, QoQa se profile parmi les leaders suisses du e-commerce en distribuant chaque jour un nouveau produit (électronique, séjours, accessoires) à prix cassé. «Nous touchons environ 38% de la clientèle grâce à l’application smartphone. Ce chiffre doit doubler d’ici 3 ans», anticipe Pascal Meyer (35 ans), fondateur et CEO. Après avoir créé sa firme en 2005 à 25 ans, le Jurassien d’origine est devenu une figure emblématique de la cause entrepreneuriale. Employant 49 collaborateurs, la société vaudoise affiche depuis ses débuts une croissance approchant les 20% annuels.

Les collaborateurs de la start-up QoQa ont de quoi être satisfaits: la société approche 20% de croissance annuelle. (Photo: B. Cottet)

Autre domaine, même principe. Dans les ressources humaines, Staff Finder se distingue avec du placement en personnel «Just-In-Time». Occupant 50 collaborateurs entre Lausanne et Zurich, le site fondé en 2011 fournit du personnel qualifié en moins de quatre heures. « Notre plateforme permet aux entreprises de gérer de manière très flexible les besoins subits en personnel. Nous pourvoyons déjà des milliers de missions par mois. De grands changements s’annoncent dans cette branche », promet Philip Hunziker, chef du marketing chez Staff Finder.

 
 
Des start-up helvétiques à la conquête du monde
 

Dans le «top ten» des applications les plus téléchargées en Suisse et en Allemagne, l’application gratuite Knip a amené la «disruption» sur le terrain de l’assurance. «Notre application permet aux utilisateurs de gérer leurs polices depuis leur smartphone. La transparence totale sur les produits est garantie par nos conseillers indépendants», rapporte Julianne Repp, porte-parole de Knip. Lancée en 2013 à Zurich, l’entreprise occupe 90 collaborateurs entre la métropole alémanique, Berlin et Belgrade. Financée par des géants du capital-risque (Route 66 Ventures, Creathor Ventures), Knip vient de réunir 15 nouveaux millions de francs, signe que les investisseurs croient en son avenir.

Staff Finder est spécialisé dans le placement en personnel «Just-in-Time», qui permet aux entreprises de couvrir les besoins subits en personnel, par exemple avant les Fêtes.

En termes financiers, la réussite helvétique la plus spectaculaire d’une idée disruptive reste celle de GetYourGuide. Née en 2008 à Zurich, cette plateforme qui réunit 8 collaborateurs à Zurich et 180 à Berlin permet à l’utilisateur de réserver des activités sur le lieu de ses vacances depuis son domicile. Cet automne, la firme a levé 50 millions de dollars auprès professionnels du capital-risque comme KKR et Nokia Growth Partners. L’opération valoriserait la compagnie à 250 millions de dollars. Une valeur encore jamais vue en Suisse.

Cette «ubérisation» de l’économie ne va pas sans victimes. A commencer par les employés des secteurs au fonctionnement traditionnel dont les affaires s’effondrent, taxistes en tête. Les «indépendants» attachés à ces nouvelles compagnies évoluent dans une zone grise. Non protégés par le droit du travail qui s’applique aux salariés, ils font face au travail sur appel, ainsi qu’aux horaires irréguliers, tout en assurant eux-mêmes les frais des assurances sociales. Uber et consorts ont ainsi réussi le tour de force de mobiliser une main-d’œuvre pléthorique, sans avoir à assumer les obligations légales d’un employeur face à ses salariés.

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