L’e-santé: jusqu’où?
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L’e-santé: jusqu’où?

 
Sylvie Castagné

est mère d’une adolescente qui, comme nombre de ses pairs, lâche difficilement son smartphone. La jeune fille trouve toutefois que sa mère passe un peu trop de temps sur Facebook et sur Twitter.La rédactrice free-lance basée à Zurich prend plaisir à explorer l’univers numérique et à analyser l’impact des réseaux sociaux sur nos vies.Suivre l’auteure sur Twitter.

Sylvie Castagné, 5 janvier 2018

J’ai commencé à me poser des questions au printemps 2016, en découvrant cette appli qui s’était incrustée subrepticement dans mon iPhone. Un cœur rouge sur fond blanc qui enregistre le nombre de mes pas, jour après jour, et qu’il est impossible de zapper. Un cœur rouge qui me semblait alors inquiétant et aujourd’hui bien innocent. Surtout depuis que la Food and Drug Administration (FDA) a annoncé en novembre dernier qu’elle autorisait le premier comprimé numérique. Un antipsychotique doté d’une puce électronique qui émet des signaux du fond de l’estomac, permettant ainsi au médecin de savoir si son patient a bien pris son médicament, et à quelle heure. L’e-santé poursuit sa marche inexorable et pénètre jusqu’aux tréfonds de notre organisme. Mais jusqu’où ira-t-elle donc?

L’e-santé poursuit sa marche inexorable et pénètre jusqu’aux tréfonds de notre organisme.

Pour la plupart d’entre nous, avant de siphonner nos données santé, Internet a tout d’abord été une source d’information. Au moindre bobo, notre premier réflexe est de consulter un site de vulgarisation médicale. En ce qui me concerne, j’ai arrêté net le jour où j’ai compris que je sombrais dans la cyberchondrie – forme moderne de l’hypochondrie qui touche de plus en plus d’internautes. En effet, d’après mes recherches sur l’infection causée par l’énième piercing de ma fille, elle présentait tous les symptômes d’une septicémie avancée. Autant dire qu’en ce dimanche soir, nous avons pris aussitôt le chemin de la permanence médicale.

Autrement dit, il n’y aura bientôt plus moyen d’avoir le blues, tranquillement, dans son coin.

Et pourtant, les géants du web s’intéressent à notre bien-être. Après Google Flu Trends et sa traque des épidémies de grippe basée sur les recherches des internautes, c’est au tour de Facebook de repérer les messages trahissant des intentions suicidaires. Le secteur est porteur, et les initiatives sont légions. Véritable psychologue virtuel, le logiciel SimSensei analyse déjà les expressions de notre visage et les inflexions de notre voix et repère avec une justesse glaçante les états dépressifs. Autrement dit, il n’y aura bientôt plus moyen d’avoir le blues, tranquillement, dans son coin. Comment ne pas se sentir mis à nu par la technologie?

Heureusement, il y a les gentils robots, comme le Japonais Robear à tête d’ourson. Un engin de 140 kilos capable de soulever un patient et de l’asseoir dans un fauteuil roulant sans risquer un lumbago. Dans nos sociétés vieillissantes, la robotique est présentée comme l’unique solution pour pallier le manque de personnel au service des seniors.

L’e-santé nous poursuivra donc jusqu’à notre dernière demeure?

L’exemple nous vient de la résidence pour seniors Sunny View, à Cupertino, à proximité du siège d’Apple. Sur un écran tactile géant, les pensionnaires peuvent choisir parmi toute une palette de jeux et d’exercices interactifs ou s’évader en visionnant un reportage sur une contrée lointaine. Ce système visant à stimuler les capacités cognitives et physiques des personnes âgées a été baptisé avec un optimisme bienveillant «It’s Never 2 Late». Ça donne presque envie d’y être…

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