L’ordinateur à la ferme
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L’ordinateur à la ferme

Série: voyage au pays de tous les possibles

Dans la série «Voyage au pays de tous les possibles», les Chroniques Swisscom dressent le portrait de personnes dont la vie et le travail ont changé radicalement avec la numérisation.

Hansjörg Honegger (texte), Daniel Brühlmann (photos), 19 novembre 2015

Quel calme! 115 vaches vivent dans l’immense hangar, et pourtant, on n’entend pas un bruit ou presque. Il est vrai que les vaches sont par nature des créatures plutôt douces. Mais quand il s’agit de manger, elles sont tout à fait capables d’utiliser leurs 700 kilos à leur avantage. Dans l’étable de Jörg Geiger, à Balgach, les accrochages pour la nourriture sont toutefois inexistants. Les puissants animaux se déplacent tranquillement dans l’étable, s’alignent devant le râtelier et plongent leur museau humide dans le mélange fourrager qui leur est servi toutes les deux heures.

Les vaches attendant patiemment que l’automate leur distribue leur portion.

Au retour, chaque animal passe un portillon équipé d’un ordinateur qui détermine si la vache doit aller se faire traire ou si elle peut retourner dans la zone de repos.

Réguler l’étable en douceur

«Une circulation contrôlée», telle est la devise de Jörg Geiger, éleveur à Balgach. Chaque animal porte un émetteur sur son collier afin d’assurer un suivi ultra-précis par le système. Il est ainsi possible de savoir quand il a mangé pour la dernière fois, quand a eu lieu la dernière traite ou encore quelle est la quantité et la qualité du lait produit. Une Red Holstein aux taches brun-roux – une race connue pour sa forte production laitière – se dirige à pas lourds vers le portillon après un copieux repas. La petite porte s’ouvre alors en direction du robot de traite. L’animal imposant se tient dans la salle d’attente et patiente jusqu’à ce que la place se libère. Un bref sifflement se fait entendre, la stalle de traite s’ouvre et l’animal entre dans l’espace étroit. Deux pinces en plastique lui poussent délicatement le postérieur pour le placer dans la bonne position. La machine de traite est ensuite fixée de manière entièrement automatique pour effectuer son travail.


L’ordinateur arrange l’alimentation à l’étable.

L’efficacité puissance deux

La ferme de M. Geiger, dans le Rheintal saint-gallois, est à la fois l’une des plus modernes et des plus grandes de Suisse. En 2008, deux exploitations s’unissent pour n’en former qu’une. De très grande taille pour la Suisse, elle possède un terrain de 73 hectares et près de 130 vaches laitières, qui produisent chaque année environ 1,1 million de litres de lait. L’intégralité du fourrage pour les animaux vient de la ferme elle-même. «Nous travaillons à deux seulement, mon associé Niklaus Loher et moi-même, sans personnel auxiliaire ou employé. Ce serait absolument impossible sans l’automatisation», souligne Jörg Geiger. L’automatisation de l’exploitation permet aussi aux deux hommes de s’accorder un week-end de répit sur deux, et même de prévoir des vacances.

Equilibre et respect des animaux

Toutes les deux heures, le robot d’alimentation verse un mélange équilibré aux vaches. Cette alimentation régulière permet de réduire les accrocs entre les animaux pour déterminer qui peut se rendre au râtelier. Seule Romi, une Red Holstein de 11 ans, se fait parfois remarquer: telle une terreur de la cour de récréation, elle montre parfois à ses collègues que sa taille imposante lui donne la priorité. «Oui, elle est comme ça, Romi», commente laconiquement M. Geiger.

Dans cette immense étable, toutes les vaches ont encore un nom. Elles semblent apprécier le contrôle lors des visites régulières de l’étable. Elles reniflent leur propriétaire en soufflant, se décalent gentiment d’un pas lorsqu’il leur donne une claque sur le postérieur et observent les visiteurs avec curiosité. «Ce type d’élevage est souvent accusé de rendre les animaux fous. Ce sont bien sûr des sottises», estime Jörg Geiger.

L’ordinateur aux commandes

Une partie du travail se déroule dans le petit bureau situé directement dans l’étable, avec une grande fenêtre donnant sur les animaux. C’est ici que M. Geiger passe près d’une heure par jour derrière son ordinateur et contrôle les données fournies par le robot de traite et le navigateur de troupeau. Les statistiques sont organisées par couleurs: rouge, vert et jaune permettent de repérer le rendement laitier de chaque vache en un coup d’œil.

Jörg Geiger contrôle en permanence les données principales sur l’ordinateur.

Le navigateur de troupeau analyse automatiquement le lait pour en détecter les germes, les bactéries et les hormones. «Je sais exactement quand une vache est prête pour l’insémination», explique Jörg Geiger. Le programme indique si l’animal est en gestation, si une mammite est en train de se développer ou si le lait est trop pollué. «C’est d’une utilité inestimable pour la santé de l’animal, car nous pouvons souvent intervenir avant de devoir recourir à des antibiotiques.»

Contrôle de santé via Internet

«Les données du navigateur de troupeau sont constamment analysées par le fabricant du système, au Danemark. Il m’envoie automatiquement la clé USB pour l’analyse dès que le stock est presque épuisé», raconte M. Geiger. Ailleurs, on parle d’«Automatic Delivery». Ici, c’est tout simplement pratique. Sans un tel enthousiasme pour la nouveauté, la technique et l’univers numérique, Jörg Geiger ne serait pas lancé dans une telle transformation. Il est curieux et intéressé, explique avec assurance le fonctionnement du système de sauvegarde et hoche la tête lorsqu’on évoque une sauvegarde sur le cloud. Il se rend chaque année dans des élevages aux Pays-Bas, en Suède ou en Allemagne, afin d’en observer le développement. Et pourtant: «La technique, c’est un aspect. Sans elle, nous serions incapables de gérer notre ferme à deux. Mais il faut travailler avec elle, en connaissant parfaitement ses bêtes et en étant constamment présent.» Il regarde par la fenêtre de son bureau et secoue la tête en souriant: «C’est encore Anina. Elle a compris qu’en donnant un coup de museau au distributeur de concentré, il lui donne encore un peu de nourriture. Désormais, elle tentera sa chance plusieurs fois par jour.» On entend deux ou trois tentatives d’Anina, la vache 142. Elle se retourne et se dirige vers la sortie pour aller prendre le soleil et voir si la brosse située dehors est libre.

Interruption de la traite lors de l’utilisation d’antibiotiques

Les antibiotiques! Des médicaments qui alimentent les histoires effrayantes sur le développement des bactéries résistantes et un sujet brûlant dans toute ferme axée sur l’élevage, y compris chez Geiger et Loher. Dès qu’une vache est traitée par antibiotiques, il faut le saisir dans le système pilotant le robot de traite. Lorsque la vache entre dans la stalle de traite, le lait est automatiquement transféré vers un récipient spécial pour être ensuite éliminé. Une fois la traite terminée, la machine est bloquée pendant 15 minutes, le temps d’être nettoyée entièrement à plusieurs reprises avec de l’eau chaude et du détergent. On ne veut prendre aucun risque.

 

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