Mon ami le robot
5 min

Mon ami le robot

Pour en savoir plus…

Programme pédagogique de PhilobotiqueOuvrage cité: «Le jaillissement de l’esprit», Seymour Papert, Flammarion Poche, 1999

Digital Days for Girls

Swisscom organise des cours d’initiation aux technologies numériques spécialement destinés aux jeunes femmes.

Claire Martin (texte), Markus Lamprecht (photos), 9 février 2016

«Le nom de nos robots?» Mathis et Arnaud échangent un regard et pouffent de rire. «On les a appelés Brigitte et Gérard. On trouvait ça marrant. On les a programmés pour qu’ils s’échangent des briques Lego. Ils doivent s’identifier, s’arrêter et se passer le bloc.» Des gestes qui n’ont l’air de rien chez les humains, mais demandent un solide savoir-faire en programmation lorsqu’ils sont effectués par des machines. «Mon rêve, ce serait de pouvoir programmer un robot installé chez moi, pour qu’il m’apporte à boire et à manger quand je joue sur ma Xbox», s’évade déjà Arnaud.

Mathis et Arnaud en pleine phase de test avec un de leurs robots.

Elève comme ses camarades au Cycle d’Orientation (CO) du Gibloux (FR), Michaël a choisi un nom pour sa créature venu de l’univers de la science-fiction. «Mon robot s’appelle Striker 01. Le nom vient du film Pacific Rim. Il est équipé de capteurs qui reconnaissent les couleurs grâce à la lumière réfléchie. Le mien est capable de se déplacer en suivant une ligne bleue sur le sol.»

«Mon robot s’appelle Striker 01. Le nom vient du film Pacific Rim.»

Dans la petite salle de l’«atelier Philobotique», dix jeunes de 13 à 14 ans – tous des garçons – s’activent par équipe de deux en chuchotant. Concentrés sur leur tâche, ils se pressent pour terminer les réglages, car ce lundi de janvier, c’est déjà l’avant-dernier des dix cours. Des robots en Lego filent par terre. Le visiteur doit faire attention où il pose les pieds.

Les enfants effectuent ce programme facultatif en dehors des heures obligatoires et ne voient pas le temps passer. Retombés en enfance, ces pré-ados rampent par terre, râlent quand la machine renvoie un message d’erreur et font des bonds quand elle accepte un ordre. «On a une feuille de route et on peut travailler tout seul, en s’aidant entre nous», explique Michaël.

Michaël est un programmateur de robot enthousiaste et apprécie de pouvoir travailler de manière autonome.
«Bulle pédagogique»

«Lorsque les élèves parviennent pour la première fois à se faire obéir par leur robot, on entend des cris de joie dans l’atelier. Ce programme leur permet de découvrir par eux-mêmes ce que sont des capteurs et des ultrasons, sans la pression des notes et de la discipline. Nous sommes ici une bulle pédagogique», témoigne Manuela Barraud, responsable du projet. Professeur de math/sciences, elle est co-initiatrice du programme «Philobotique» avec Olivier Jorand, philosophe et chercheur en sciences cognitive aux Universités de Lausanne et Fribourg.

Prendre le contrôle sur la machine plutôt que de se laisser contrôler par elle.

Contraction de «philosophie» et «robotique», la Philobotique recouvre une démarche qui veut permettre à l’utilisateur de prendre le contrôle sur la machine plutôt que de se laisser contrôler par elle. Un thème dont la théorie a été développée par le cybernéticien sud-africain résidant aux Etats-Unis Seymour Papert.

 

L’atelier Philobotique du Gibloux a démarré en 2005 sous la forme d’un atelier de programmation en XLOGO. Et, depuis 2009, les élèves accèdent à un atelier de programmation du robot éducatif LEGO MINDSTORMS. Des kits qui valent dans les 400 francs. «La demande pour l’atelier est énorme, car les élèves en font une grande publicité auprès de leurs camarades. Malheureusement, le nombre de place est restreint. Seuls sont admis ceux qui ont déjà suivi le cours d’introduction à la programmation, où l’on apprend à contrôler une petite tortue sur un écran d’ordinateur», relève Manuela Barraud.

Une déclinaison pour les enfants à haut potentiel

Depuis quatre ans, une déclinaison du programme s’adresse aux enfants à haut potentiel intellectuel (HPI). Ceux-ci peuvent laisser libre cours à leur curiosité dans le large champ attribué à l’expérimentation. L’atelier est associé à de belles histoires, comme celle de cet élève en échec scolaire qui s’est révélé excellent programmateur et a repris confiance en lui, rapporte la pédagogue. «Par la suite, c’est lui qui a présenté en leçon de math la notion de variable qu’il avait apprise avec son robot.»

Pour Manuela Barraud, l’informatique à l’école ne se résume pas au traitement de texte et aux tables de calculs.

En pionniers, Manuela Barraud et Olivier Jorand ont élaboré un matériel pédagogique à la disposition de la communauté et déjà formé trois volées d’enseignants. Deux maîtres vaudois participaient à la dernière session, signe que la renommée du programme s’étend. Six établissements de cycles d’orientation, dont deux hors du canton de Fribourg, proposent déjà des ateliers Philobotiques.

L’atelier Philobotique du Gibloux constitue une piste captivante pour intéresser les jeunes à la programmation.

La Fondation Hasler qui œuvre en faveur des technologies de l’information et de la communication (TIC) a soutenu le projet en 2015 en offrant du matériel aux enseignants qui ont suivi la formation et mis sur pied des ateliers similaires. Les deux professeurs sont invités à donner des conférences dans toute la Suisse, de Bâle à Sion.

A l’heure où l’industrie suisse – télécoms en tête – manque cruellement d’informaticiens, l’atelier Philobotique du Gibloux constitue une piste captivante dans l’idée d’intéresser les jeunes à la programmation. Manuela Barraud, diplômée en math/physique, biologie et informatique, plaide pour sa passion: «L’informatique ne se résume pas au traitement de texte Word et aux fichiers Excel. C’est une discipline scientifique à part entière, qui permet de résoudre des problèmes comme de développer des stratégies d’apprentissage.»

Participez  à la discussion

Comment enseigne-t-on l’informatique à vos enfants?

Nous vous remercions pour votre contribution. Nous publions vos commentaires du lundi au vendredi.

Lisez maintenant