LinkedIn: ma vitrine dans le cyberespace
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LinkedIn: ma vitrine dans le cyberespace

 
Sylvie Castagné

est mère d’une adolescente qui, comme nombre de ses pairs, lâche difficilement son smartphone. La jeune fille trouve toutefois que sa mère passe un peu trop de temps sur Facebook et sur Twitter.La rédactrice free-lance basée à Zurich prend plaisir à explorer l’univers numérique et à analyser l’impact des médias sociaux sur nos vies.

Sylvie Castagné (texte), illustration: détail d’un tableau de James Ensor, 18 mai 2016

Il est vrai que les réseaux sociaux déversent des flots de photos de familles tout sourire sur le sable chaud et d’animaux domestiques prétendument irrésistibles, mais pas LinkedIn. Sur LinkedIn, on réseaute pro.

C’est cette plate-forme que j’ai choisie pour lancer mon profil professionnel dans le cyberespace. Un profil avec photo de trois quarts face et sourire esquissé. Comme chez le photographe. Avec des noms de clients, assortis de recommandations élogieuses. Le meilleur de ma formation et de mes expériences.

Un profil avec photo de trois quarts face et sourire esquissé. Comme chez le photographe.

Et puis, il y a mes «connections». La plupart d’entre elles photographiées de trois quarts face avec un sourire esquissé et, dans le regard, une assurance qui appelle la confiance. Mes relations professionnelles. Enfin, plus ou moins, car il y a parmi elles quelques «connections de connections» dont, je l’avoue, j’ignore à peu près tout.

Des invitations à se «linker» que j’ai acceptées pour des raisons diverses, parfois obscures. Ou vice-versa, il y a des personnes qui ont répondu positivement à une demande un peu culottée de ma part. Il y a aussi celles dont je ne sais comment me défaire. Les supprimer sans autre? Les prévenir? Leur expliquer que j’aimerais mieux qu’elles ne figurent plus parmi mes connections, que leur profil et le mien ne font, finalement, pas bon ménage?

Le fantôme de Steve Jobs pénétra dans mon petit bureau, au cœur de la Suisse.

Le premier écho de LinkedIn me viendra d’un «talent manager» américain. La firme à la pomme recrutait en terre helvétique. Le fantôme de Steve Jobs pénétra dans mon petit bureau, au cœur de la Suisse. Et bonne pioche: mon profil LinkedIn qui voguait dans le cyberespace s’était posé à Cupertino.

L’étau du big data se resserre. Faut-il pour autant s’abstenir de faire son automarketing?

Dire qu’il y a des gens qui, par principe, refusent d’apparaître dans l’espace numérique. Des résistants. De toute façon, comme dit Snowden: «La vie privée n’existe plus.» Et notre parcours professionnel ne connaît plus de détour secret. Même sur LinkedIn, les dates que l’on aurait aimé taire s’affichent automatiquement. L’étau du big data se resserre. Faut-il pour autant s’abstenir de faire son automarketing?

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