Clic, pop, bling! Mais où en étais-je?
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Clic, pop, bling! Mais où en étais-je?

 
Sylvie Castagné

est mère d’une adolescente qui, comme nombre de ses pairs, lâche difficilement son smartphone. La jeune fille trouve toutefois que sa mère passe un peu trop de temps sur Facebook et sur Twitter.La rédactrice free-lance basée à Zurich prend plaisir à explorer l’univers numérique et à analyser l’impact des réseaux sociaux sur nos vies.Suivre l’auteure sur Twitter.

Sylvie Castagné, 9 novembre 2017

Je suis là, tranquillement, en train de rédiger un texte sur le développement durable, quand pop!, une petite fenêtre jaillit en haut à droite de mon écran. Du coin de l’œil, j’ai juste le temps d’entrevoir le message: «Attention! Pas de back-up depuis 10 jours…» Et hop, la petite fenêtre a disparu. Ma concentration aussi. Je me mets à rêvasser…

Et tout à coup, c’est moi qui comprends. Tout est affaire de rythme, de temps.

Je pense au film «Le chat» que nous avons regardé avec ma fille la veille au soir. Une intrigue psychologique ciselée par un maître en la matière, Georges Simenon. Vingt minutes ne s’étaient pas écoulées que Lou semblait proche de l’endormissement. «Il ne se passe rien dans ton film.» J’essayais de l’intéresser à l’histoire, de lui faire comprendre l’esthétique, la dramaturgie, lui dis qu’il s’agissait de monstres du cinéma français, d’incontournables du 7e art.

Et tout à coup, c’est moi qui comprends. Tout est affaire de rythme, de temps. Les longs moments où la caméra se fixe sur les yeux de Gabin, puis de Signoret, puis de Gabin. Le temps qui s’étire. Difficile pour une ado qui voue un culte à Snapchat. Mais où en étais-je? OK, le développement durable…

Et re-pop! C’est mon iPhone. Un message d’Instagram.  

Je jette un coup d’œil à l’heure affichée en haut à droite de mon écran: 09 :57. Bientôt les infos. Curieuse de savoir comment les médias réagissent à l’interview de Macron dans le «Spiegel», hop, je clique le lien de la radio dans la barre des favoris. Vite fait, après je me remets au boulot. Mais où en étais-je? Ah oui, le développement durable. Et re-pop! C’est mon iPhone. Un message d’Instagram. Tiens, Sandra a aimé deux de mes photos. Voyons lesquelles… La netiquette veut que je «like» une ou deux des siennes. Hop, hop, c’est fait!

Mes alibis: les flux de grands quotidiens qui défilent sur ma page Facebook. Que du sérieux.

Mon regard tombe sur une vieille photo, au coin de mon bureau. Une photo du temps où on allait porter sa pellicule au labo, qu’il fallait attendre avant de découvrir ses images. D’abord plusieurs jours, puis 1 heure, pas plus. Le développement durable ne m’inspire plus rien. J’ai perdu le «flow». D’un clic, je vais faire un tour sur Facebook, comme j’irais me faire une tasse de thé. Juste un petit break avant de repartir du bon pied. Et voici que je m’égare avec délice dans la jungle numérique… Mes alibis: les flux de grands quotidiens qui défilent sur ma page Facebook. Que du sérieux. Je lis juste les titres et les chapeaux, après je m’y remets. Plusieurs témoignages de professeurs attestent une baisse du niveau d’attention des élèves.

En 2008 déjà, l’auteur américain Nicholas Carr en faisait le constat et se demandait: «Is Google Making Us Stupid?» Et selon une étude menée par Microsoft au Canada, les jeunes d’aujourd’hui accordent en moyenne huit secondes à chaque nouvelle information. Tandis que le poisson rouge peut rester concentré jusqu’à neuf secondes. Le temps passe, les clics, les lectures succinctes se succèdent. Où en étais-je déjà? Ah oui, le développement durable!

J’ai l’impression de tourner en rond dans un bocal. Et mon texte sur le développement durable qui n’en finit plus de durer. D’ailleurs où en étais-je?

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2 réflexions au sujet de « Clic, pop, bling! Mais où en étais-je? »

  1. Les écrans sont de véritables pièges…je me targue de ne pas avoir de télé. Pour avoir pris conscience un jour, il y a très longtemps, de l’effet «captivant » d’un programme…
    Captivant: captif, prisonnier…même quand mes enfants grandissaient nous n’avions pas de télé! Aujourd’hui je peux passer des heures sur ma tablette, passant des mails aux messages de Facebook, des journaux en ligne et des liens qui m’envoient au labyrinthe des infos en tout genre. Victimes? dans notre civilisation actuelle nous nous posons en critiques de ces nouvelles façons de nous comporter mais nous sommes impliqués et si nous n’y adhérons pas nous avons l’impression d’être largué. Victimes? oui mais consentantes…!

    1. Merci de votre commentaire. En effet, le risque d’addiction est réel (que dire des séries US sur Netflix?), mais comme pour tout type d’addiction, après la prise de conscience et, si volonté il y a de regagner un peu de liberté, il y a toujours moyen de se fixer des règles, de définir un cadre acceptable – pour soi et ses proches.
      Parallèlement, je suis aussi accro à la randonnée et à la lecture. Je me dis que ça compense…
      Avez-vous lu cette autre chronique: sylvie castagné swisscom digital addict moi?
      Belle journée, Sylvie

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