App, stram, gram…
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App, stram, gram…

Mario Wittenwiler (texte), 27 février 2018

L’enfant crie et veut qu’on s’occupe de lui. Justement maintenant, alors qu’on doit terminer d’écrire un courrier important ou préparer le dîner. Dans un tel moment, il est bien sûr tentant de détourner l’attention du petit en lui donnant un smartphone ou une tablette. Michael In Albon n’est pas du tout adepte de la stratégie qui consiste à calmer les enfants à l’aide d’une app. «En tant que délégué à la protection de la jeunesse, je ne pense pas que ce soit la bonne solution.»

«En tant que père, on est confronté à des situations, où pendant un coup de téléphone important, l’on doit détourner l’attention d’un enfant en âge scolaire par un jeu sur le smartphone.»Michael In Albon, délégué à la protection de la jeunesse de Swisscom

Détourner le regard de l’écran

L’étude JAMESfocus actuelle réalisée par la Haute école zurichoise de sciences appliquées (ZHAW) en collaboration avec Swisscom encourage les adultes, et en particulier les parents, à avoir un comportement exemplaire en montrant aux enfants qu’il existe des alternatives à internet pour combattre l’ennui. Par exemple en favorisant des activités non centrées sur les médias au cours desquelles les jeunes peuvent mettre d’autres compétences à l’épreuve et obtenir de la reconnaissance: cache-cache à l’air libre, sport ou scoutisme, ce ne sont pas les possibilités qui manquent. Il faut juste les reconnaître et y consacrer le temps et l’engagement nécessaires. Ces alternatives signifient aussi que les parents doivent s’intéresser à autre chose qu’à l’écran de leur smartphone ou de leur ordinateur.

Le vidéo clip de la chanson de Moby & The Void Pacific Choir « Are You Lost In The World Like Me? » dénonce les conséquences de l’abus de smartphone.

200’000 apps pour les enfants

Les experts conseillent de ne pas se contenter de divertir les enfants avec un dessin animé, mais de les occuper de manière ludique avec une app intelligente. Pour les enfants de moins de deux ans, les apps n’ont en général aucun sens. On peut dire d’une manière générale qu’il n’est pas facile de trouver des apps proposant des contenus de qualité adaptés aux différentes tranches d’âge. On dénombre plus de 200’000 apps spécialement destinées aux enfants: il y en a pour les aider à s’endormir, pour apprendre l’alphabet et le calcul, pour découvrir l’anatomie humaine, l’espace ou la technique d’une voiture. Il y en a aussi pour dessiner et faire des jeux avec des images. Même Le Petit Prince, un classique parmi les livre d’enfants, existe sous la forme d’une app pour Android. Pour s’orienter dans cette jungle d’apps, les parents peuvent consulter des sites de conseils tels que super-julie.fr ou souris-grise.fr.

«Les petits enfants ne manquent rien s’ils ne regardent pas la télévision. Ce n’est qu’avec le temps qu’ils apprennent à faire la différence entre la réalité et la fiction. Et pour y parvenir, ils ont besoin des explications des adultes qui les entourent.»Evelin Hipeli, pédagogue des médias

Il vaut la peine d’investir quelques francs

«D’une manière générale, il vaut la peine d’investir quelques francs», déclare Michael in Albon. Les apps payantes ne représentent que 20 à 50 francs par année. «Leur avantage est qu’elles sont régulièrement actualisées et qu’elles offrent plus de possibilités que les apps gratuites.» De nombreuses apps gratuites se financent par de la publicité. Il s’en suit que les enfants peuvent cliquer sur une bannière publicitaire et atterrir sur YouTube. Il faut aussi éviter les apps qui requièrent l’introduction de données personnelles telles que l’email, l’adresse ou le numéro de téléphone.

Trois questions à Michael In Albon, délégué à la protection de la jeunesse de Swisscom 

Quel est votre avis sur les apps sensées aider les enfants à s’endormir?

C’est n’importe quoi. Premièrement, les écrans n’ont rien à faire à proximité du lit. La lumière bleue qu’ils émettent entrave la production de mélatonine, ce qui perturbe la sensation de sommeil. Deuxièmement, il existe une invention héritée de l’ère analogique qui fonctionne beaucoup mieux: lisez donc une histoire à vos enfants avant qu’ils s’endorment .

Y a-t-il des labels de qualité dont les parents devraient tenir compte?

Que ce soit chez Apple ou chez Android, les apps sont classées en fonction de l’âge à partir duquel elles sont conseillées. Android se base sur le standard international PEGI (Pan European Game Information) et Apple a créé sa propre classification. Il est impératif que les parents testent eux-même les apps et les jeux avant de les remettre à leurs enfants. L’app de messagerie Kik est par exemple très répandue chez les enfants, mais la classification d’Android recommande aux parents d’accompagner leurs protégés dans son utilisation. Et même si WhatsApp est officiellement autorisée à partir de 3 ans, cette app n’est pas dénuée de risques, comme par exemple des pièges publicitaires ou même du «grooming», c’est-à-dire des tentative de prises de contact de la part d’adultes en quête de contacts sexuels avec des mineurs .

Par quel système de sécurité peut-on éviter que les enfants ne tombent sur des contenus inadaptés?

Pour les enfants en âge d’aller à l’école primaire, je recommande l’utilisation d’un filtre de contenus. Il convient de choisir un filtre permettant de gérer aussi bien une liste noire (accès libre avec une liste de sites bloqués) qu’une liste blanche (accès bloqué avec une liste de sites autorisés).

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