«Quand tu as une fois senti le parfum de l’espoir…»
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«Quand tu as une fois senti le parfum de l’espoir…»

Bénévolat d’entreprise chez Swisscom

Avec le programme «Give&Grow», Swisscom encourage le bénévolat de ses employé-e-s en mettant leur temps de travail à disposition pour des projets d’utilité publique auprès des communes ou de sociétés. Les participants ont ainsi la possibilité d’étendre leurs compétences et leurs connaissances. En 2017, les collaborateurs de Swisscom ont accompli au total près de 1200 jours de bénévolat.Pour en savoir plus, consultez le Rapport de durabilité.

Roger Baur (texte), Daria Gfeller (photos), 20 décembre 2017

La journée a déjà commencé par une surprise ou je devrais plutôt dire par la surprise d’avoir été surpris en me rendant compte des connaissances techniques des réfugiés. Les préjugés ont la vie dure, d’autant plus quand tu es convaincu de ne pas en avoir. Alors que je me préparais à initier les jeunes participants aux bases de l’informatique, je me retrouve assis à côté de James, un Nigérien de 25 ans, qui maîtrise deux langages de programmation. Je décide donc de lui proposer mon aide pour une autre langue qui lui pose encore des difficultés, à savoir l’allemand. James accepte. J’ai eu de la chance.

James apprend l’allemand

Nous nous mettons donc au travail avec un outil que James utilise tous les jours. Il s’agit du cours d’apprentissage en ligne de la radio allemande «Deutsche Welle». Je comprends maintenant pourquoi James a utilisé le terme allemand «Marmelade» en évoquant la confiture du petit déjeuner. Je lui explique qu’en Suisse allemande on préfère utiliser le mot dérivé du français: «Konfitüre». James hoche la tête, il doit se dire que nos problèmes linguistiques sont bien futiles.

James, originaire du Nigéria, converse avec le journaliste de Chroniques Roger Baur.

James me parle du Nigéria, où la révolution numérique est pour l’instant limitée aux Cafés Internet et aux smartphones bon marché.

James me parle du Nigéria, où la révolution numérique est pour l’instant limitée aux Cafés Internet et aux smartphones bon marché. Elle a néanmoins permis aux informations de circuler plus librement dans son pays. Nous comparons les titres de l’actualité du jour. Au Nigéria, l’organisation terroriste «Boko Haram» a drogué des jeunes filles afin de pouvoir leur attacher des bombes et les faire sauter sur un marché. Et qu’est-ce qui préoccupe la Suisse? Je jette un œil sur les actualités en ligne, puis je change de sujet, car je me sens embarrassé.

Les collaborateurs de Swisscom aident les demandeurs d’asile

Presque tous les employés de Swisscom consacrent un jour par année à une œuvre caritative. Certains ont travaillé dans les champs pour arracher les mauvaises herbes, d’autres ont construit des murs en pierres sèches, d’autres encore ont joué au loto avec des personnes âgées. Nous sommes aujourd’hui dix collaborateurs de Swisscom à être venus au centre d’accueil pour réfugiés de Berne. Notre travail consiste à les initier aux bases de l’informatique ou bien plus généralement à les accompagner dans leur apprentissage de l’allemand ou dans la rédaction de lettres de postulation. James habite pour l’instant dans un centre de transit bernois. Swisscom a mis à disposition du centre des ordinateurs usagés afin que les résidents puissent les utiliser pour apprendre l’allemand et communiquer. La plupart d’entre eux ne savent pas encore si et combien de temps ils pourront rester en Suisse. Mais avoir des bases d’allemand est de toute façon important pour eux, car ils pourront ainsi postuler pour de petits emplois auxiliaires spécialement destinés aux réfugiés.

Pommes, poires, framboises, fraises: James est fasciné par tout ce que les paysans arrivent à faire pousser sous nos latitudes.

On leur propose pour un salaire de 3 francs l’heure de nettoyer les trams ou d’aider les paysans, comme le fait James. Il a participé à la cueillette de fruits aux environ de Konolfingen. Pommes, poires, framboises, fraises: James est fasciné par tout ce que les paysans arrivent à faire pousser sous nos latitudes. Il a aussi examiné en détail les machines agricoles, les machines à traire, les techniques de l’agriculture biologique et les compare à la situation dans son pays. «Une telle agriculture devrait aussi être possible chez nous. Je suis même certain que cela serait possible», déclare-t-il. Puis il m’explique que dans sa ville d’origine, de riches propriétaires de résidences en bordure de ville laissent les terrains qui les entourent en friche. Des paysans ont essayé d’obtenir l’autorisation de les exploiter, mais les propriétaires ont refusé.

Entre les réfugiés provenant d’horizons divers se créent de nouvelles amitiés.

L’espoir au lieu de la peur

Une autre chose qui a retenu l’attention de James est la tolérance religieuse: il est catholique et partage la chambre avec des musulmans. Ils refont ensemble le monde, acceptent et respectent leurs différences. Dans sa patrie, on encourage la haine et cela a conduit la population au désespoir. C’est précisément la raison pour laquelle un grand nombre de ses compatriotes décident d’abandonner le pays. «Au lieu du rêve, la peur. Au lieu de l’espoir, la peur. Et même au lieu de la foi, la peur. La haine a remplacé tout ce qui était positif.» Qu’ils soient originaires d’Erythrée, d’Afghanistan ou du Nigéria, les autres réfugiés se reconnaissent dans les paroles de James. Parallèlement, ces expériences et ces débats qui se déroulent en Suisse ont aussi un impact sur les pays d’origine, et non pas seulement par ceux qui retournent au pays, mais aussi grâce à internet.

«Au lieu du rêve, la peur. Au lieu de l’espoir, la peur. Et même au lieu de la foi, la peur. La haine a remplacé tout ce qui était positif.»

Nous nous interrogeons si cet échange d’idées pourrait justement être un jour le détonateur d’un changement plus profond. Pour ma part, je ne crois pas que cela suffise, surtout pas dans ces régimes autocratiques souffrant de nombreux conflits internes. James regarde par la fenêtre où l’on voit les toits enneigés de Berne: «Quand une fois dans ta vie tu as vu, tu t’es rendu compte que la paix est possible. Quand tu as fait l’expérience de pouvoir te promener l’âme légère, quand tu as une fois senti le parfum de l’espoir, alors mon ami, plus personne ne réussira à te convaincre du contraire.»

Après avoir pris congé de James et être retourné à mon quotidien, j’ai véritablement le sentiment que quelque chose a changé dans ma perception des choses bien que le monde soit toujours le même. Il faut parfois emprunter les yeux d’un autre pour prendre réellement conscience de ce qui nous entoure.

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