«La PdG: une mise à l’épreuve pour le LPN»
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«La PdG: une mise à l’épreuve pour le LPN»

Cette année, les participants à la PdG sont suivis pour la première fois via le LPN. Joachim Ernst (Swisscom Broadcast) était responsable du projet. Pourquoi n’a-t-il pas renoncé et en quoi le projet a-t-il influencé ses vacances.

Encore une heure avant que la Patrouille des Glaciers (PdG), la compétition de ski-alpinisme la plus difficile du monde, ne commence. Joachim Ernst est tendu et actualise la vue qui s’affiche sur son écran presque chaque seconde: «Je suis curieux de voir ce qui va se passer dans le réseau lorsque la course va commencer.» Le chef de projet Low Power Network (LPN) PdG, entouré de spécialistes en communication en uniforme militaire, se trouve dans les locaux du centre technique de la Patrouille des Glaciers, à Sion. La course a été modifiée à la dernière minute en raison de la quantité trop importante de neige et du risque d’avalanche; Joachim garde son calme. Cela fait six mois que lui et son équipe attendent ce moment, après une longue période de planification, de simulation et de mise en place du réseau, non exempte de doutes et d’instants difficiles. Une fois de plus, tout fonctionne bien et sa carte virtuelle affiche: même le nouvel itinéraire de l’autre côté des gorges de la Gorner près de Zermatt jouit d’une couverture réseau et d’une capacité suffisantes.

Joachim Ernst

Le LPN plutôt que le réseau 2G pour la localisation

Jusqu’il y a deux ans, le suivi des patrouilles était réalisé via le réseau GSM. Étant donné que la capacité du réseau 2G tend à diminuer lentement en raison de l’arrivée d’autres technologies, il a été envisagé d’utiliser le réseau Low Power pour localiser les participants. «L’été 2017, le directeur de la Patrouille des Glaciers nous a présenté l’idée et je me suis très vite rendu compte que nous pourrions satisfaire les exigences avec le LPN. La nouvelle technologie comprend également de nouveaux trackers qui nous permettent de localiser les participants à 10 mètres près. Le réseau LPN de Swisscom s’appuie sur la technologie LoRa et se caractérise par un transfert des données économe en énergie et une mise en place relativement simple. L’avantage réside également dans le fait qu’il couvre déjà 95 % de la population suisse et que la puissance d’émission est si faible qu’aucune autorisation n’est requise pour les installations correspondantes.

Chaque patrouille envoie ses données de localisation toutes les deux minutes sous forme de message texte via le réseau de faible puissance. «Au final, nous aurons 750 trackers dans un espace réduit, lesquels enverront de très nombreux messages en même temps. Cela est complètement inédit pour nous», explique Joachim Ernst. Pour rendre cela possible, Joachim et son équipe ont dû réfléchir à comment réussir à couvrir la région de haute montagne entre Zermatt et Verbier, considérée comme étant un «no man’s land». Il a également fallu diviser le terrain en champs et calculer où placer quelles antennes afin que tous les messages de localisation passent. Le grand défi, c’est au départ, là où sont rassemblés de très nombreux trackers au même endroit. «Il m’est arrivé de penser que nous n’y arriverions pas. J’étais sur le point de renoncer. Puis, je me suis dit, non, je ne peux pas renoncer à ce projet de qualité et passionnant. Poursuivons par conséquent.»

L’informaticien diplômé travaille depuis 18 ans pour Swisscom Broadcast et, depuis 2014, dans le domaine du LPN. La direction du projet LPN dans le cadre de la PdG est jusqu’ici le projet le plus important et le plus intensif jamais géré par lui, outre l’Euro 08. «La PdG est l’occasion pour nous de tester le réseau LPN dans des conditions de terrain extrêmes et de montrer tout le potentiel de cette technologie.»

Qui connaît Joachim le décrirait de la manière suivante: il ne parle que lorsqu’il a quelque chose à dire et tout ce qu’il dit est mûrement réfléchi. Il aime les défis techniques complexes. Et c’est aussi une personne pleine d’enthousiasme. Pour la réalisation de ce projet, par exemple, il a parcouru la région entre Zermatt et Verbier sur Google Earth des heures durant. «C’était tellement beau que je me suis dit que je devais absolument y aller une fois la Patrouille des Glaciers finie». À partir de juillet, lorsque la neige aura fondu, il profitera de son année sabbatique pour explorer à pied la région d’Arolla

Les trackers ont été congelés dans un premier temps

Joachim a été en charge non seulement de la planification et de la construction du réseau mais également du choix des trackers adaptés. Ses tests ont révélé que les trackers classiques à batteries rechargeables ne convenaient pas car ils se déchargeaient trop vite dans les conditions de haute montagne. «Nous avons dû trouver des trackers capables de résister également à de basses températures. Pour cela, nous avons congelé les trackers en laboratoire afin de simuler les conditions météorologiques extrêmes», raconte Joachim Ernst.

Des préparatifs de plusieurs mois

Il y a près de deux mois: Dans la pâle lumière de la cave d’une caserne militaire à Sion, Joachim Ernst contrôle le matériel destiné aux stations de réception LPN. La passerelle, comme elle est aussi appelée, ressemble un peu à une boîte à chaussures plate et brillante, pèse quelques centaines de grammes et dispose d’une courte antenne pour la connexion au réseau mobile, d’un raccordement pour la réception LoRa et d’un raccordement électrique. Pour la réception LoRa, la passerelle nécessite aux emplacements correspondants soit une petite antenne tige, soit une grande antenne sectorielle ressemblant à un vieux radiateur afin de réceptionner autant de signaux que possible. Le LPN est une nouvelle technologie utilisée par l’état-major Communication de l’armée. Joachim Ernst doit donc convenir avec le responsable de chaque site du matériel requis et des spécifications propres au montage. Certaines choses ne sont détectées qu’à ce stade: matériel manquant, supports non adaptés, erreurs de raisonnement. Joachim prend le temps de s’occuper de chaque détail.

Pour la course, le réseau LPN existant est temporairement renforcé, ce qui nécessite l’installation de 25 passerelles LPN ou récepteurs sur 17 sites. Le point d’implantation le plus élevé se trouve à la Tête Blanche, à environ 3 800 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le montage en haute montage s’est avéré complexe. Les travaux de construction ont été ardus et ont pris du retard dans la majorité des cas, en raison d’une météo difficile. Joachim Ernst est cependant resté confiant: «J’ai toujours eu bon espoir que cette organisation extrême de la Patrouille des Glaciers et la contribution de chacun rendraient les choses possibles.»

Rien que sur le site d’Arolla, l’installation des trois passerelles a pris plusieurs heures et les experts de Swisscom ont dû mettre en place le matériel à des hauteurs vertigineuses par vent violent. Après la mise en service de chaque passerelle, Joachim Ernst s’est chargé de contrôler si tout fonctionnait correctement. Comme il s’agissait d’une nouvelle technologie pour les parties concernées, les antennes ont été inversées pour au moins une passerelle. «De mon côté, sur l’application, tout semblait bon cependant. J’ai pu néanmoins voir l’erreur sur les photos que j’avais demandées avant la course. Si l’on était passé à côté du problème, cela aurait eu pour effet une mauvaise couverture et un taux d’erreur très élevé dans cette zone, et personne n’aurait su dire pourquoi.

La course

Il vient de sonner 22 h, la course a démarré il y a quelques secondes. Sur l’écran de Joachim, des carrés bleu foncé sur une seule rangée se profilent à travers Zermatt et les gorges de la Gorner, ce qui signifie que les trackers, le réseau et l’application de suivi des patrouilles fonctionnent. Le visage de Joachim commence un peu à se décrisper et à s’illuminer. Ses collègues de gauche et de droite lui font un signe de reconnaissance ou lui tapent sur l’épaule. «Tout est bien bleu foncé, cela veut dire que nous n’avons encore perdu aucune donnée.»

Et qui plus est: «Nous avons pu tester de nombreux détails mais jamais le tout. Ce n’est que maintenant que nous avons la preuve que cela fonctionne, cela procure un plaisir inouï.» Peu après 10h30, le CEO de Broadcast envoie un SMS: «Alors, comment ça se passe?» «obenuse», répond Joachim, c’est du bernois, et cela veut dire tout simplement: cela ne pourrait pas aller mieux.

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