Luca Boller avec sa manette sur le balcon.
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Le footballeur professionnel à la manette

Luca «LuBo» Boller est le champion suisse FIFA – et depuis peu membre à plein temps de l’équipe d’eSports du FC Bâle. Une chose est sûre: les joueurs professionnels ne sont pas des casaniers paresseux.

A peine le coup de sifflet donné, Luca Boller se rue à l’attaque, dribble son adversaire avec brio et tire – But! Après seulement quelques secondes, le FC Bâle mène devant YB. Mais pas au Parc Saint-Jacques. Ni dans un autre stade de football. C’est sur son moniteur, dans un bureau de Fehraltorf, que Luca Boller est en train de s’entraîner – avec sa Playstation et sa manette.

Luca Boller est joueur «FIFA» professionnel et fait partie de l’équipe d’eSports du FC Bâle composée de quatre joueurs. Luca Boller a même quitter son job d’employé de banque: «J’ai constaté que je n’avais pas assez de temps à côté de mon travail pour m’investir dans le gaming et tirer le maximum de mon potentiel», explique-t-il. «Presque tous les joueurs internationaux s’engagent à plein temps – ou consacrent beaucoup de temps à l’eSports lorsqu’ils sont élèves ou étudiants. Je suis donc heureux que le FCB m’ait donné la chance de pouvoir travailler en tant que professionnel à plein temps.»

Luca Boller esquisse un sourire pendant l’interview.

«LuBo» (surnom de Boller) n’est toutefois gamer professionnel que depuis quelques semaines. Pour le jeune homme de 24 ans, c’est un changement relativement important: avant, sa journée était toujours structurée de la même manière, avec l’école et le job. Désormais, son quotidien a changé, chaque jour est différent: «J’ai à présent plus de liberté dans l’organisation de mes heures de travail, ce qui me permet de mieux gérer ma carrière dans l’eSports. Bien sûr, cela nécessite aussi beaucoup de discipline», ajoute-t-il. «Au FCB, je ne fais pas que jouer à FIFA, j’aide également l’équipe d’eSports dans la production de contenu.»

Ceux qui pensent que les e-sportlifs comme Luca Boller ne font que rester sur leur canapé à jouer sans interruption se trompent lourdement: habituellement, Boller débute sa journée en se rendant au centre de fitness: le sport, c’est non seulement bon pour le corps, mais aussi pour l’esprit! Il effectue ensuite une première session de gaming de deux heures puis une deuxième après le repas du midi. «Ça ne sert à rien de s’entraîner pendant encore plus d’heures à la suite car il faut pouvoir se concentrer pleinement pour bien jouer.» Avant de s’entraîner une troisième fois, Luca Boller produit des vidéos pour sa chaîne Youtube ou streame sur Twitch. Cela fait également partie de son travail, et c’est une source de revenus supplémentaire en plus des tournois et des aides des sponsors.

eSports: professionnels sur toute la ligne

«Luca est un professionnel à part entière», confie l’un de ses amis de longue date, Hakan Pazarcikli, ancien e-sportif qui participe encore de temps en temps à des compétitions. Nostalgique, Pazarcikli raconte: «Mes tournois ont été les premiers auxquels Luca a participé – ah, comme le petit était nerveux à l’époque!», raconte-t-il, avouant dans le même temps: «Mais aujourd’hui, je n’aurais plus aucune chance contre lui.» Avec son agence Level05, Pazarcikli se concentre désormais sur la planification et la réalisation d’événements d’eSports. Il met à

disposition de joueurs prometteurs de la relève son local d’entraînement à Fehraltorf, dans lequel s’entraîne également Luca Boller. Pazarcikli souhaite casser les préjugés: «La majeure partie des gens associent encore l’eSports à ces clichés de gamers: gros, paresseux, renfermé, sans diplôme. En fait, c’est tout le contraire: les e-sportifs se rendent au club de fitness, surveillent leur alimentation, produisent des vidéos de qualité sur Youtube et savent comment s’exprimer et se vendre durant les interviews. Il en va de même pour Luca.»

Gamer dès son plus jeune âge.

Luca Boller est un joueur de jeux vidéos passionné depuis tout petit. C’est grâce à son père qu’il a commencé à s’intéresser jeune au gaming. Il a laissé Luca jouer avec lui quand il était petit – ou faisait du moins semblant: «En réalité, mon père débranchait la manette sans que je le remarque. Il pouvait ainsi se mesurer à l’ordinateur», ricane Boller. Mais bien vite, Luca est devenu meilleur que son père – et que d’autres joueurs d’ailleurs. Ce fut le cas lors d’un tournoi qui se déroulait dans une vidéothèque de la région. Tous les autres joueurs avaient 20 ans ou plus à l’époque. Mais c’est Boller qui a gagné – à l’âge de dix ans à peine. Il a vite senti qu’il voulait participer à d’autres tournois de gaming, n’en déplaise quelque peu à sa mère. «Elle se montrait soucieuse lorsque je rentrais après une longue session de gaming», explique-t-il. «Mais tant que je pouvais lui prouver que l’école et la formation ne passaient pas à la trappe à cause de mon hobby, elle le toléra.

C’était également important pour moi de ne pas arrêter l’école trop précocement.» Et ce n’est pas non plus un problème aujourd’hui pour elle que Luca commence une carrière de joueur professionnel: «Nous avons trois téléviseurs à la maison que j’ai gagnés à des tournois. Elle en profite donc également», dit-il en riant. Après que Boller soit finalement devenu champion suisse FIFA, plusieurs clubs de football se sont intéressés à lui en même temps. Le choix s’est finalement porté sur le FC Bâle: «Le FC Bâle a un concept à long terme et je trouve qu’il prend vraiment au sérieux l’eSports. C’était un critère très important pour moi au moment de mon choix», affirme Luca.

Parmi les siens

Ce sont ces tournois qui font que Boller est tant attiré par l’eSports – et non l’attrait de la récompense financière ou les sensations. C’est avant tout la communauté qui le séduit: pendant les compétitions, il se retrouve avec des gens qui lui ressemblent, qui se fascinent autant que lui pour le gaming et qui sont aussi ambitieux que lui. «Je rencontre des gens qui ont les mêmes centres d’intérêt que moi. Et les compétitions ont fait justement naître de vraies amitiés.» Malgré cela, il y a aussi des choses qui l’énervent dans son job: même quand il n’a pas envie de jouer, il n’a pas le droit de manquer les entraînements.

De plus, les e-sportifs sont dépendants du développeur du jeu: si ce dernier décide de ne plus autoriser certaines compétitions ou de modifier les règles de qualification, les joueurs doivent s’en accommoder. «Comme pour le développement du jeu, nous n’avons pas notre mot à dire quant aux conditions qui régissent les tournois», explique Boller. «Et c’est ce qui rend aussi l’avenir des e-sportifs relativement incertain.» Mais ce ne serait pas non plus la fin du monde pour Boller si cela devait s’arrêter un jour. En effet, il n’est pas seulement joueur professionnel, il suit également en parallèle des études de marketing. Cela pourrait lui être très utile à l’avenir. «Je ne resterai probablement pas joueur professionnel toute ma vie. C’est pourquoi je m’investis dans ma formation pour être paré pour l’avenir. Je peux m’imaginer travailler plus tard dans le service marketing d’une agence de gaming ou alors me mettre à mon compte. Qui sait.»

Différence entre e-sportifs et gamers

Les e-sportifs utilisent un autre équipement que les gamers traditionnels. Les joueurs sur console ne jouent pas non plus sur la télévision mais plutôt sur un moniteur relativement petit: ce dernier a en effet un temps de réaction beaucoup plus court qu’un téléviseur. Et grâce à la taille plus petite de l’écran, les joueurs ont une vision globale du déroulement du jeu sans devoir parcourir de grandes distances du regard. L’équipement comprend également une chaise de gaming professionnelle qui atténue les maux de dos lors des longues sessions de jeu. Le talent et l’ambition sont d’autres caractéristiques du joueur: il scrute intensément les moindres détails et mécanismes de jeu. Dans le cas de «FIFA», cela commence par l’étude des statistiques des joueurs et l’apprentissage d’astuces qui feront la différence au cours d’un match.

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