Les candidatures

 

Fermer

à chacun sa tête et son mur

sandrine rossel

Chacun sa tête.
Tête du matin, tête d’un soir, tête d’un lendemain…
Ma journée débuterais par une longue contemplation, assise sur mon divan, un café dans la main, les pieds sur la table basse. Je m’aventurerais peut-être même à lui parler. Après tout, ne porte-t-elle pas le même nom que ma grand-mère aujourd’hui décédée?
Et puis je laisserais Dora à son propre sort. Celui d’être tableau.
Alors elle pourrait raconter aux autres, ces souvenirs, ces joies, l’ironie de son visage et la vrai couleur de son chapeau, qui n’a jamais été bleu.
Elle serait obligatoirement troublée dans son discours par tous ces humains qui viendraient la voir, c’est la rançon de la gloire, n’être jamais seule.
Elle entendrait nos rires, nos exclamations, nos vociférations, mais ne bougerait pas pour autant.
Elle se moquerait même peut-être de nos têtes à nous, bien trop parfaite pour elle.
Alors elle repartirait, chez elle, là-bas, ailleurs.
Ici, chez moi, tous le monde se souviendra de toi, chère Dora.