5 min

Quand internet vient du ciel

Optimisation du réseau

Swisscom investit près d’1,75 milliards de francs par année dans le développement de son réseau. D’ici à fin 2021, toutes les communes de Suisse devront avoir accès à un réseau à large bande modernisé. Le réseau mobile n’est pas en reste puisqu’il est constamment optimisé et que chaque année 200 à 300 antennes sont rénovées ou construites à neuf. Vous trouverez des informations précises sur la bande passante disponible à chaque adresse sur la page consacrée au réseau de Swisscom.

Christoph Widmer (texte), 27 mars 2018

Imaginez qu’une heure de navigation sur internet coûte 150 francs, c’est-à-dire un huitième d’un salaire hebdomadaire moyen. Ce tarif qui nous paraît une arnaque est en fait une réalité à Cuba. Pour surfer pendant une heure sur un réseau Wi-Fi public, Les Cubains doivent en effet débourser 1 peso convertible, alors que le revenu hebdomadaire moyen s’élève à 8 pesos convertibles. Quant au réseau mobile cubain, il est aussi très coûteux et les connexions internet privées sont rares.

C’est la raison pour laquelle des milliers de Cubains ont joint leurs efforts pour créer leur propre réseau urbain «SNet» (Street Net). ll s’agit d’une infrastructure constituée de puissantes antennes et de câbles Ethernet installés sur les toits de la Havane, qui interconnectent des ordinateurs et des routeurs Wi-Fi privés. Ceux-ci font office de points nodaux reliés aux «pilares», c’est-à-dire aux antennes Wi-Fi.

Facebookito et réseaux bricolés

Les membres utilisent le réseau pour chatter, jouer et échanger des données. Le réseau SNet propose même sa propre version de Facebook appelée «Facebokito», un moteur de recherche intitulé Look.me et une plateforme de type Wikipédia, qui est constamment alimentée par les membres du réseau. Tant que le réseau ne publie pas de contenus interdits, le gouvernement tolère cette infrastructure privée. Celles ou ceux qui enfreignent les règles sont bloqués par d’autres utilisateurs ou tout simplement exclus du réseau.

Échanger des données et des informations via internet comme nous y sommes habitués n’est pas encore partout si facile. Le SNet de la Havane n’est que l’un des nombreux exemples de solutions originales pour accéder au net.

Catalogne: «Guifi» comme alternative aux prestataires absents

Au début du millénaire, pour des questions de coûts, les prestataires de services internet ne voulaient pas étendre leur réseau dans les régions rurales de Catalogne. En signe de protestation, les habitants fondèrent «Guifi». A l’instar du réseau cubain SNet, le Guifi s’est tout d’abord constitué sous la forme d’un «meshnet», c’est-à-dire un réseau communautaire dans lequel les utilisateurs sont interconnectés par ondes radio ou par câbles. Aujourd’hui, le réseau catalan Guifi compte plus de 34’000 nœuds actifs et représente ainsi l’un des plus grands réseaux maillés du monde. Même des hôpitaux régionaux sont connectés à cette infrastructure, qui propose ses propres chaînes radio.

Le «Guifi» en Catalogne est l’un des plus importants réseaux maillés du monde. Image:
Lluis tgn

Detroit: les quartiers défavorisés s’organisent

Suite au déclin économique qui a frappé Detroit au cours des dernières années, 40 pour cent de la population de la ville n’a toujours pas encore accès à internet. C’est la raison pour laquelle le «Detroit Community Technology Project» (DCTP) s’est fixé pour objectif de développer un réseau internet dans les quartiers de la ville. La collaboration entre des services municipaux et des organisations non gouvernementales permet aussi de former des spécialistes en réseaux, qui se chargent de l’installation et de la gestion du service. En parallèle s’est mis en place un service d’intranet des municipalités, qui sert à la fois de plateforme d’échange et de système de communication en cas d’urgence.

A Detroit, la population des quartiers défavorisés apprend à installer elle-même l’infrastructure du réseau. Image: ©DCTP.

Californie: internet via les fréquences de la télévision

Dans l’Etat de Californie aussi, l’accès à internet n’est pas facile pour tout le monde, en particulier pour les tribus indigènes vivant dans les réserves. Une association de dix-neuf tribus a ainsi lancé la «Tribal Digital Initiative», un projet pour connecter le plus grand nombre possible de communautés amérindiennes à l’internet à large bande. Pour ce faire, les données transitent par des bandes de fréquence de la télévision analogique inusitées. Ces canaux fonctionnent ainsi comme un répéteur Wi-Fi qui élargit la couverture du réseau.

«Tribal Digital Initiative»: une initiative des tribus indigènes de Californie. Image: Tribal Digital Village / Facebook.

Afghanistan: un réseau composé de grillage et de batteries d’auto

La ville afghane de Dschalalabad a été lourdement frappée par le terrorisme, ce qui a rendu l’exploitation d’un réseau internet d’autant plus difficile. La population a donc initié le projet «FabFi», dont le but a été de mettre en place un réseau Wi-Fi pour l’ensemble de la ville en utilisant des moyens aussi économiques que possible. Les responsables du projet ont ainsi construit des antennes à l’aide de morceaux de bois, de grillages et de bidons d’huile. Ces antennes de fortune, alimentées en électricité par le secteur ou par des batteries d’auto, ont ensuite été branchées sur des routeurs Wi-Fi. Grâce à ces 45 nœuds, dont chacun ne coûte pas plus de 75 dollars, la couverture de la ville de Dschalalabad est aujourd’hui assurée.

Un grillage fait office d’antenne Wi-Fi. Image: Facebook.

Pérou et Porto Rico: Wi-Fi depuis les airs

Lorsque l’année passée le Pérou a sombré dans le chaos en raison des inondations, le réseau internet a aussi subi des interruptions dans certaines parties du pays. Alors que se déroulaient ces évènements, Alphabet, la maison mère de Google, et le géant des télécommunications Telefónica étaient justement en train de tester dans le cadre du projet «Loon» un système de ballons à haute altitude (20 kilomètres) servant de points de connexion Wi-Fi en suspension dans l’air. Ce qui devait être un essai se transforma ainsi en véritable intervention d’urgence. Alphabet et Telefónica larguèrent les ballons au Porto Rico avant de les diriger en direction du Pérou au moyen d’un système de navigation unique en son genre. Cette action permit de rétablir la couverture internet pour des milliers de Péruviens. Les habitants du Porto Rico ont eux aussi pu bénéficier de cette technologie après que leur île fut dévastée par l’ouragan Maria.

Vidéo: Youtube/Project Loon

Participez à la discussion

Read now