«Interdire WhatsApp? Inutile.»
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«Interdire WhatsApp? Inutile.»

Ronny Standtke est expert des médias numériques dans les écoles et l’enseignement. Il explique pourquoi les outils de chat alternatifs séduisent lentement les écoles. Et quels sont les favoris.

WhatsApp fait depuis longtemps l’objet de critiques. Il reste néanmoins le service de messagerie le plus populaire. Pourquoi donc M. Standtke?

C’est le fameux effet de réseau: quelque chose prend de l’importance parce que beaucoup de gens l’utilisent. Un outil de chat capable d’évincer WhatsApp devrait donc être nettement meilleur afin de s’imposer. À moins que la loi ne définisse les services de messagerie autorisés pour les écoles, de sorte à rendre WhatsApp moins tendance.

Plusieurs écoles interdisent désormais aux enseignants de communiquer avec les élèves ou les parents via WhatsApp. Pensez-vous que l’interdiction est utile?

Une école est une institution publique qui doit respecter la loi. Elle fait office d’exemple pour les mineurs. WhatsApp s’immisce massivement dans la vie privée de l’utilisateur en prenant la liberté de transférer son carnet d’adresses complet sur les serveurs Facebook. Comme Facebook est une société privée américaine en position de monopole, personne ne peut intervenir pour la réguler. Nous pouvons seulement décider de ne plus utiliser ce service. Et une mesure cohérente serait d’interdire WhatsApp dans toutes les institutions publiques. Il existe d’ailleurs de bonnes alternatives aujourd’hui. Il faudra néanmoins du temps pour qu’elles s’imposent. Je préfère persuader les gens avec des arguments et faire appel à leur bon sens plutôt que d’imposer des interdictions.

Quelles alternatives recommandez-vous pour le chat à l’école?

Nous n’avons pas forcément besoin d’une messagerie pour échanger. Cela peut toujours se faire via e-mail ou SMS, même si c’est moins pratique. Si vous souhaitez communiquer via un service de messagerie, vous feriez mieux d’utiliser une alternative sécurisée à WhatsApp. Signal dispose par exemple d’un système de protection des données très sophistiqué. Les fonctionnalités et la convivialité n’ont rien à envier à WhatsApp. Riot a également un gros potentiel et coche selon moi toutes les cases d’un service de messagerie. En France, Riot est déjà la messagerie standard des fonctionnaires et le réseau ne cesse de grandir. Après que la municipalité de Winterthour a interdit WhatsApp dans toutes les écoles, elles ont utilisé Wire qui est également un bon choix. Threema est aussi très convivial et promet un cryptage avancé des données. La sécurité des données ne peut toutefois pas être vérifiée par un organisme indépendant car le fournisseur travaille avec une Closed Source. Mais les quatre alternatives sont des outils de chat appropriés pour les écoles selon moi.

Que conseillez-vous aux utilisateurs qui ne veulent pas délaisser WhatsApp?

Tout le monde ne le sait pas, mais on peut installer plusieurs services de messagerie sur un téléphone portable. Les contenus échangeables tels que les vidéos publiques ou les contributions en ligne peuvent toujours être envoyés via WhatsApp. Pour les données plus sensibles telles que les photos personnelles et les messages privés, je recommande fortement une alternative sécurisée.

Ronny StandtkeRonny Standtke

Ronny Standtke a étudié l’informatique à Dresde et Helsinki, a travaillé pendant plusieurs années pour secunet Security Networks AG en tant que consultant en sécurité informatique et a rédigé sa thèse de doctorat à l’université de Fribourg. Jusqu’à récemment, il travaillait pour le service de consultation sur les médias à l’école et dans l’enseignement «imedias» en tant que maître de conférences en médias et informatique. Il y dirigeait le bureau de coordination cantonal pour «Internet à l’école». Il est actuellement maître de conférences en informatique à la haute école d’ingénierie de la haute école spécialisée du nord-ouest de la Suisse. Il est également responsable de secteur de l’unité de recherche durabilité numérique de l’université de Berne, où il gère le développement de l’environnement mobile d’apprentissage et d’examen «Lernstick».

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