Des mensonges gros comme une maison
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Des mensonges gros comme une maison

Expert en compétences médias

Michael In Albon est responsable du projet «Internet à l’école» et délégué à la protection de la jeunesse face aux médias. Il est aussi responsable des cours sur les médias auxquels participent chaque année 25’000 personnes. Pour en savoir plus, consultez les pages de Swisscom consacrées aux compétences médias.

Michael In Albon (texte), 15 mars 2018

Par la diffusion virale des contenus sur internet et dans les réseaux sociaux, les fausses nouvelles prennent une ampleur inconnue jusqu’ici. Et comme les jeunes utilisent des plateformes telles que YouTube ou Instagram pour s’informer, il est d’autant plus important que nous, les adultes, nous apprenions à identifier ces fausses informations, qui s’insinuent sous l’apparence de véritables nouvelles.

 

PLAY TO LEARN

Entre colporter un mensonge et être soi-même incertain de ce que l’on diffuse, il n’y a pas une grande différence. La troisième édition du forum consacré aux médias audiovisuels dans l’enseignement, PLAY TO LEARN, a lieu le samedi 24 mars 2018 à Baden. Cette année, il s’intéresse plus particulièrement à la diffusion par les médias des «fake news». Comme les visiteurs pourront s’en rendre compte eux-mêmes, il est plus facile de mentir que l’on n’imagine!

Cette réflexion pose aussi la question philosophique de l’essence de la vérité, car il n’est pas facile – en fait impossible – de distinguer clairement la vérité d’un mensonge. Naturellement, 1 + 1 ne sera jamais égal à 3, sauf si l’on ment. Par contre, on peut accepter 3 comme résultat plausible dans la mesure où l’on veut mettre en lumière le fait que la conjonction de deux entités représente davantage que leur somme. Cela n’empêchera pas les Sheldon Coopers de notre monde d’avoir un autre avis à ce sujet.

L’école des mensonges

L’école peut aussi apporter sa contribution au débat. Les enseignants doivent réfléchir sur la manière dont ils souhaitent aborder la question de ce qui est véridique. Les opinions politiques peuvent difficilement être séparées entre blanc et noir. Que se passe-t-il lorsqu’un enseignant est satisfait du Conseil communal à majorité bourgeoise et qu’il est convaincu que l’opposition de gauche exagère en mettant le doigts sur les conséquences négatives de l’un ou l’autre projet? Comment peut-il alors aborder de manière impartiale la problématique des mensonges des politiciens sans faire violence à ses propres convictions? Comme le disait Goethe: la vérité réside dans les yeux du spectateur.

La vérité est relative

Nous ne devons donc pas seulement différencier le vrai du faux, mais aussi tenir compte de la subjectivité impliquée dans ce travail de différenciation. Il ne convient donc pas seulement d’identifier la vérité ou le mensonge, mais aussi de comprendre comment fonctionne notre perception du monde. Et si on veut tirer un bénéfice du fait que certains politiciens pratiquent le mensonge comme une discipline olympique, alors il faut se dire qu’ils nous donnent la possibilité d’exercer constamment notre capacité de jugement. Nous sommes tous les jours submergés par des dépêches nous arrivant des deux rives de l’Atlantique et chaque jour aussi, il y a au moins l’une de ces nouvelles que nous devons mettre en doute. Voilà qui aiguise nos sens.

Les enseignant sont sensés s’exprimer depuis un point de vue où ils mettent leurs convictions en veilleuse. Ceci est bien sûr totalement impossible. S’il s’agit de parler de l’année de fondation de la Société de sauvetage des oiseaux migrateurs du Diemtigtal, cela ne pose guère de problème. Car cela m’est égal. Mais que se passe-t-il lorsqu’il s’agit d’un thème qui me tient à cœur?

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